mercredi 4 novembre 2009

Chine : entre tradition et modernité

Titre éculé, s'il en est. La Chine est le pays des paradoxes. Sa pensée politique est basée sur un mélange entre tradition et modernité. On peut le constater par exemple dans la coexistence des deux piliers introduits par Hu Jintao que sont l' "harmonie sociale" (harmonie, valeur traditionnelle, sociale, préoccupation moderne) et le "développement scientifique".

Rappelons que la Chine s'appelle elle-même l'Empire du Milieu, mais que ce milieu là n'est pas celui du centre du monde, force attractrice et objet de l'admiration de ces voisins, mais plutôt celui qu'un équilibre entre le Ciel "rond" et la Terre "carrée". L'harmonie est au coeur de la pensée traditionnelle chinoise. Et c'est une harmonie au sein de la nature, au sein de laquelle il faut mieux se couler, sans agir (wuwei), plutôt que s'ériger contre elle et dépenser inutilement son énergie.

Ceci est à mettre en balance avec la manière dont la Chine modifie de manière incroyablement rapide son environnement aujourd'hui. Que ce soit en matière d'immeubles (voir Pu-Dong à Shanghai, immense chantier depuis 15 ans) ou de barrage (les 3 Gorges).

Mais la modification de l'environnement me semble toucher des extrêmes, et atteindre des sommets dans le paradoxe avec le "bureau de modification de la météo" à Pékin. Son objectif : comme son nom l'indique, changer la météo. C'est lui qui avait été chargé d'assurer que la cérémonie d'ouverture des JO de Pékin se passerait sans la moindre goutte de pluie.

Ce bureau est objet d'une polémique dans la capitale chinois ces jours-ci :
Le Bureau des modifications météorologiques a essuyé une tempête de critiques pour avoir provoqué des chutes de neige sur Pékin qui ont entraîné des accidents de la circulation, cloué 200 avions au sol et fait geler les Pékinois.
Profitant de l'arrivée d'un front froid, les météorologues ont fait tomber grâce à la dispersion massive de produits chimiques dans les nuages plus de 16 millions de tonnes de neige sur la capitale chinoise, afin de limiter la sécheresse persistante sur le nord de la Chine

Moralité : on ne modifie pas impunément les règles de la nature sans en subir les conséquences. Même et surtout en Chine...

jeudi 17 septembre 2009

Réflexions rapides : sur les stratégies d'acquisitions

En finance, on nous apprend que les fusions et acquisitions réalisées par une entreprise côtée n'ont aucun intérêt du point de vue de l'actionnaire (le seul qui compte si l'on s'en réfère à la doctrine), car la diversification peut être réalisée directement par l'actionnaire, à travers l'achat de titres. Si l'entreprise le fait elle-même, c'est de manière moins efficace.

Au delà des considérations standards (toutes les entreprises sont sur le marché, il existe des synergies et complémentarités, les coûts de transaction sont bien trop importants, il s'agit de sécuriser le marché voire nuire à ses concurrents, ...), il m'est venu une réflexion :

A court/moyen terme, si la rentabilité attendue par les actionnaires est de 10% (Internal Rate of Return), mais que le management est suffisamment mauvais pour ne faire que 8%, acquérir une société plus rentable, ou sous-évaluée, par exemple à 15%, permet de faire remonter la rentabilité affichée.

Moralité : une stratégie d'acquisition peut être un moyen de masquer l'incompétence des équipes dirigeantes...

Compléments
  •  Au début de mon MBA, premier cours, Managerial Economics. Je demande : "pourquoi affirme t'on qu'il faut maximiser le profit ? Quel est le fondement de cet objectif premier ?" Réponse : on le verra dans le courant de l'année. Mais 1 an après, je n'ai toujours pas eu ma réponse...
  • La recherche du profit est l'objectif fondamental du capitalisme, et on a vu que cela pouvait produire le meilleur (regardons les progrès accomplis sur les 200 dernières années, comme sur les 30 dernières) comme le pire (le crise, intrisinsèque au système et inévitable). Mais à une théorie économie s'est substitué un dogme, principalement anglo-saxon : rien n'est supérieur au profit. Le glissement n'est pas que sémantique.

Economie et mathématiques

Christophe Faurie, dont je suis le blog avec attention, publiait le 6 septembre un billet intitulé Science économique : bilan. Il y parlait des rapports entre mathématiques et économie. Comme à son habitude, il force le trait (et l'assume).

Sa réflexion en a provoqué une autre chez moi.

Je pense qu'en analysant de manière attentive, on arrive à la conclusion que les mathématiques sont un outil dans le développement des sciences économiques, et uniquement cela. La peur, c'est qu'on finisse par oublier le sujet qu'on traite en se masquant derrière les équations, sans voir la matière dont on traite : l'activité économique, et son impact sur l'humain.

J'en tire un parallèle entre les mathématiques dans les sciences économiques et les modèles dans les sciences du management. La pyramide de Maslow, la notion de transactional leader, ou encore la théorie de la rationalité limitée apportent évidemment à celui qui s'intéresse au sujet. Mais rien ne vaut un retour à l'expérience et au terrain, car on peut facilement se perdre en considérations esthétiques mais complètement inutiles, voire erronées, voire dangereuses. Elles permettent de construire une schéma de compréhension du monde, d'être plus alerte dans ses interactions, de capable de discerner le pourquoi et fournir des recommandations pour agir. Mais ne constituent pas la véritié. Tout comme avec les mathématiques en économie.

vendredi 4 septembre 2009

La réforme pourrait passer de mode en France

Intervention très intéressante de Jean-Marie Colombani, ancien rédacteur en chef du Monde et actuel du site slate.fr, ce matin sur France Inter.

Il établit que durant ces dernières années le sujet d'attention principal des politiques a été la réforme. Ceci a été particulièrement vrai pour Nicolas Sarkozy depuis 2007, mais ce serait trop restrictif d'attribuer à lui seul cette préoccupation.

Néanmoins, la manière dont la France semble sortir la crise actuelle plutôt mieux que les autres pourrait remettre en question la réforme en temps que thème central du politique. Il est avéré que même si elle a touché beaucoup de monde dans l'hexagone, la crise a été moins sévère pour la France pour les d'autres économies telles que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Colombani pose 2 scenarii :
  • soit la France retrouve un rythme de croissance plus lentement que ces pays, auquel cas le débat sur la "compétitivité" renaîtra et la réforme demeurera à sa place
  • soit la France sort à un rythme comparable, auquel cas cela signifiera la fin d'un point d'attraction majeure de la vie politique française.
Ceci signifierait un redécoupage des clivages et des lignes, au sens où l'écart entre réformateurs et conservateurs perdrait de son sens. Il faudrait alors donner une nouveau guide aux positionnements politiques.

Une remarque :
  • Ceci correspond à la disparition du "besoin de changement" : si tout va bien, pourquoi changer ? C'est ce que Edgard Schein appelle l'anxiété de survie : le fait que celui qui subit le changement qu'il est nécessaire d'avancer.

mercredi 2 septembre 2009

Information overload

Au détour d'une lecture, cette citation de Herbert Simon, autour de la théorie de la rationalité limitée (le gras est de moi) : 

… in an information-rich world, the wealth of information means a dearth of something else:  a scarcity of whatever it is that information consumes.  What information consumes is rather obvious:  it consumes the attention of its recipients.  Hence a wealth of information creates a poverty of attention and a need to allocate that attention efficiently among the overabundance of information sources that might consume it. ~ Herbert Simon (1916 – 2001)

C'est le nouveau mal de la société Internet. Trop d'information tue l'information...

Une remarque complémentaire : l'intelligence, c'est la capacité à créer des liens, faire des rapports entre des faits et des connaissances. A force 1/ de se reposer sur Internet pour les connaissances précises (combien de vous recherchez vous sur Internet une information pour la seconde fois, signe que vous ne l'avez pas retenue la première) 2/ de lire beaucoup sans porter attention à rien, on risque simplement de devenir moins intelligent...

lundi 31 août 2009

Organisation des grands projets

Mon expérience tend à prouver que plus un projet est stratégique pour le business d'une entreprise, et plus la gouvernance en est compliquée. C'est malheureusement commun : beaucoup de managers cherchent surtout à limiter leur propre exposition, car ils savent qu'ils seront sur la sellette en cas de problème, et rejettent les fautes au maximum sur les autres...

C'est la raison pour laquelle, au delà d'une certaine taille, un certain nombre de points élémentaires ne peuvent être négligés :

  • La structure du projet doit être claire et les chantiers identifiés.
  • Chaque projet/chantier doit avoir un responsable, avec une mission claire. De manière général, un suivi de bout en bout (depuis la stratégie et la conception jusqu'au suivi de la mise en oeuvre) est fortement recommandée, sinon la tentation de "repasser le bébé" est forte...
  • Les processus de circulation de l'information doivent avoir été définis. Ceci nécessite par exemple que les instances de pilotages soient définies, leur fréquence établie, leurs décisions tracées, ... Je dis "les instances", car quand le projet devient important, tout remonter au niveau "macro-pilotage" est un non sens en terme d'efficacité et d'implication
  • La vision globale du projet doit être diffusée : chacun doit savoir au sein du projet où pourquoi il fait ce qu'il fait, et où va le projet à moyen terme (6 mois/1 an). Cette vision doit être actualisée régulièrement en fonction des variations dans le projet.
Dans les entreprises françaises, la hiérarchie reste quelque chose de très important dans la définition des rapports entre employés. Ceci tend à limiter l'efficacité lorsqu'un chef de projet dans une structure donnée doit attribuer et suivre des tâches de ressources dans une autre structure. Le fonctionnement en "mode projet" , ou organisation matricielle, nécessite un changement dans la culture de la structure, et peut être long à prendre.
Une des manières les plus intéressantes pour encourager cette pratique et de dépasser le carcan hiérarchique est de mettre en place une structure temporaire dédiée au projet, avec un directeur de projet siégeant au comité exécutive. Ceci lui donne le poids suffisant pour être entendu par ses alter-ego et le responsable de la structure. Ça le place au maximum en dehors des querelles de clochers, où les pôles/départements se renvoient la balle. Cette "organisation virtuelle" montre à tous l'importance stratégique apportée au projet, ainsi que le poids qu'on souhaite y apporter.
La difficulté consiste souvent à trouver la bonne personne pour tenir ce rôle. Issue des départements de la direction, elle peut avoir du mal à trouver sa place face à ses ex responsables hiérarchiques. Issue de l'extérieur, il lui faudra prendre ses marques et la mesure du contexte... Une solution qui me semble intéressante est qu'au sommet de la hiérarchie soient régulièrement suivis les "forts potentiels" de la structure. Cela permettra d'identifier les candidats naturels le jour où on en aura besoin.

vendredi 28 août 2009

Réflexions rapides : l'iPhone sur le point d'être en vente en Chine

L'iPhone d'Apple est sur le point d'être commercialisé en Chine, mais sans la fonction d'accès à Internet en Wifi. 3 réflexions :
  • Il est difficile de faire des produits "universels". Les spécificités de chaque pays finiront toujours par se révéler et modifier tel ou tel aspect du produit. Un des problèmes de l'iPhone en Chine semble être la difficulté de rentrées des sinogrammes de manière pratique.
  • Ceci est d'autant plus vrai quand un pays a 1/ une forte culture 2/ un très forte capacité de négociation avec le fournisseur du produit. La Chine et ses 700 millions d'utilisateurs de mobiles n'a certainement pas le même poids que la France. On peut d'ailleurs imaginer la pouvoir du dirigeant de China Unicom, par exemple.
  • Comment est-il possible qu'il soit rentable pour Apple de vendre son produit dans un pays où le pouvoir d'achat est largement moindre ? Pour un projet comme cela, les coûts fixes (R&D) sont largement supérieux aux coûts variables (production). Comme des millions d'utilisateurs dans de nombreux pays ont déjà contribué à rembourser les coûts fixes, il suffit que le prix de vente soit supérieur au coût marginal. On appelle ça la contribution. Par ailleurs, une petite contribution multiplié par un grand nombre d'utilisateurs permet de financer une partie de ces coûts fixes.