lundi 31 août 2009

Organisation des grands projets

Mon expérience tend à prouver que plus un projet est stratégique pour le business d'une entreprise, et plus la gouvernance en est compliquée. C'est malheureusement commun : beaucoup de managers cherchent surtout à limiter leur propre exposition, car ils savent qu'ils seront sur la sellette en cas de problème, et rejettent les fautes au maximum sur les autres...

C'est la raison pour laquelle, au delà d'une certaine taille, un certain nombre de points élémentaires ne peuvent être négligés :

  • La structure du projet doit être claire et les chantiers identifiés.
  • Chaque projet/chantier doit avoir un responsable, avec une mission claire. De manière général, un suivi de bout en bout (depuis la stratégie et la conception jusqu'au suivi de la mise en oeuvre) est fortement recommandée, sinon la tentation de "repasser le bébé" est forte...
  • Les processus de circulation de l'information doivent avoir été définis. Ceci nécessite par exemple que les instances de pilotages soient définies, leur fréquence établie, leurs décisions tracées, ... Je dis "les instances", car quand le projet devient important, tout remonter au niveau "macro-pilotage" est un non sens en terme d'efficacité et d'implication
  • La vision globale du projet doit être diffusée : chacun doit savoir au sein du projet où pourquoi il fait ce qu'il fait, et où va le projet à moyen terme (6 mois/1 an). Cette vision doit être actualisée régulièrement en fonction des variations dans le projet.
Dans les entreprises françaises, la hiérarchie reste quelque chose de très important dans la définition des rapports entre employés. Ceci tend à limiter l'efficacité lorsqu'un chef de projet dans une structure donnée doit attribuer et suivre des tâches de ressources dans une autre structure. Le fonctionnement en "mode projet" , ou organisation matricielle, nécessite un changement dans la culture de la structure, et peut être long à prendre.
Une des manières les plus intéressantes pour encourager cette pratique et de dépasser le carcan hiérarchique est de mettre en place une structure temporaire dédiée au projet, avec un directeur de projet siégeant au comité exécutive. Ceci lui donne le poids suffisant pour être entendu par ses alter-ego et le responsable de la structure. Ça le place au maximum en dehors des querelles de clochers, où les pôles/départements se renvoient la balle. Cette "organisation virtuelle" montre à tous l'importance stratégique apportée au projet, ainsi que le poids qu'on souhaite y apporter.
La difficulté consiste souvent à trouver la bonne personne pour tenir ce rôle. Issue des départements de la direction, elle peut avoir du mal à trouver sa place face à ses ex responsables hiérarchiques. Issue de l'extérieur, il lui faudra prendre ses marques et la mesure du contexte... Une solution qui me semble intéressante est qu'au sommet de la hiérarchie soient régulièrement suivis les "forts potentiels" de la structure. Cela permettra d'identifier les candidats naturels le jour où on en aura besoin.

vendredi 28 août 2009

Réflexions rapides : l'iPhone sur le point d'être en vente en Chine

L'iPhone d'Apple est sur le point d'être commercialisé en Chine, mais sans la fonction d'accès à Internet en Wifi. 3 réflexions :
  • Il est difficile de faire des produits "universels". Les spécificités de chaque pays finiront toujours par se révéler et modifier tel ou tel aspect du produit. Un des problèmes de l'iPhone en Chine semble être la difficulté de rentrées des sinogrammes de manière pratique.
  • Ceci est d'autant plus vrai quand un pays a 1/ une forte culture 2/ un très forte capacité de négociation avec le fournisseur du produit. La Chine et ses 700 millions d'utilisateurs de mobiles n'a certainement pas le même poids que la France. On peut d'ailleurs imaginer la pouvoir du dirigeant de China Unicom, par exemple.
  • Comment est-il possible qu'il soit rentable pour Apple de vendre son produit dans un pays où le pouvoir d'achat est largement moindre ? Pour un projet comme cela, les coûts fixes (R&D) sont largement supérieux aux coûts variables (production). Comme des millions d'utilisateurs dans de nombreux pays ont déjà contribué à rembourser les coûts fixes, il suffit que le prix de vente soit supérieur au coût marginal. On appelle ça la contribution. Par ailleurs, une petite contribution multiplié par un grand nombre d'utilisateurs permet de financer une partie de ces coûts fixes.

mercredi 26 août 2009

De l'esbrouffe dans la communication sur la rémunération des traders

Notre grand président nous a gracieusement offert un discours sur la rémunération des traders à l'issue d'une rencontre avec les dirigeants des banques françaises. Cet événement de communication a été discuté ça et là, sur le web et ailleurs. Pour moi, il est clair que les opérateurs de marché sont complètement pris comme boucs émissaires dans cette histoire. Rappelons par exemple que les fameuses opérations de titrisation des prêts hypothécaires américains - les CDOs de RMBS (!) - ne sont pas créés par les traders. Ceux-ci peuvent par contre les acheter ou les vendre pour le compte de leur client, mais reconnaissant que ce n'est pas la même chose, et qu'on traite la périphérie au lieu du coeur. Pour moi, le coeur de la crise a reposé dans 4 éléments fondamentaux :
  • les grands déséquilibres macro-économiques (les USA qui vivent à crédit de la Chine)
  • les taux d'intérêts trop bas pendant trop longtemps
  • le désengagement du risque pour le prêteur (les banques) qui titrise et revend les prêts qu'il consent
  • Une régulation insuffisante des activités des acteurs financiers (cf l'abrogation du Glass Steagal Act)
Mais venons-en à l'esbrouffe en elle-même. Le texte intégral du discours de notre président bien-aimé (!) est disponible sur le site de l'Elysée. Dans le courant de la 2ème page, il est écrit
Je note avec satisfaction que le directeur général de la BNP Paribas nous a indiqué être prêt à appliquer ces nouveaux standards dès aujourd’hui, ce qui lui permettra de ne verser que la moitié du montant provisionné au titre du 1er semestre, le milliard devenant 500 millions.
Ce que le grand orateur (...) ne relève pas, c'est que la provision en question était un montant supplémentaire par rapport à ce qui avait été provisionné précédemment. Donc, contrairement à ce que tout le monde semble croire, on ne va pas diminuer le bonus des traders par deux chez BNP Paribas cette année. On s'apprête, si la banque s'exécute, à diminuer par deux l'augmentation supplémentaire maximale qui avait été envisagée à l'occasion du deuxième trimestre 2009. Cela fait une grosse différence. Qu'on soit bien clair : cette histoire de bonus est beaucoup plus complexe que ne veut bien le faire transparaître Nicolas Sarkozy. Voir par exemple le très bon article de Blogizmo sur le sujet. Une vision simpliste, couplée à des grosses approximations de communication, n'aide certainement pas à faire avancer les choses. C'est la différence entre la politique spectacle et la réflexion de fond.

jeudi 20 août 2009

Menace et stratégie médiatique

Les salariés de la Serta menacent de verser des polluants dans la Seine. La mode est la surenchère médiatique. Après la menace de faire exploser l'usine, ou la séquestration de cadres dirigeants, les employés d'entreprises subissant des plans sociaux cherchent à faire un maximum de bruits autour de leurs actions, clairement pour obtenir une intervention des pouvoirs publics. On atteint des sommets avec la menace la Serta : verser des polluants dans la Seine n'a aucun rapport, direct ou indirect, avec le coeur de leur activité, et on ne trouvera aucune personne sensée pouvant soutenir une telle action. Mon optimisme me pousse à dire qu'aucun des employés n'a vraiment l'intention d'exécuter leur menace, même s'ils venaient à perdre leur combat. ll ne s'agit pour moi purement et simplement que d'une campagne médiatique. Placé sous cet angle, on peut comprendre leur action. Ils utilisent les moyens mis à disposition pour tenter de faire pression sur la négociation. Néanmoins, question de principe, on ne peut pas et ne doit pas céder au chantage. Lors d'une négotiation, il y a toujours des moyens légaux et des moyens illégaux. Les premiers sont acceptables, pas les seconds. Si je menace d'enlever les enfants de mon interlocuteur pour obtenir de meilleurs conditions dans la négociation, je suis dans le second cas. Et ce même si j'ai toutes les bonnes raisons du monde. Le principe dans cette république est la prévalence du droit. Et dans ce cadre, les menaces de ce type ne sont pas acceptables. Si ces problèmes doivent se régler devant la justice, très bien. Si les salariés doivent interpeller les élus pour leur demander de modifier la loi, c'est possible (sans les menacer, ...). Mais une négociation ne peut se mener dans de telles conditions. Un autre élément est la banalisation et la surenchère. De telles actions répétées, si on les laisse faire, vont finir par devenir "normale". Et qui dit normale dit exposition médiatique moindre. Si c'est le cas, il est évident que les prochaines fois il faudra aller plus loin pour se faire entendre. Cette course n'a pas de fin. En synthèse, on peut, je croix, comprendre l'action des salariés. Mais je ne peux ni l'accepter, ni la soutenir, ni l'encourager. Et si l'autorité publique devait déloger les salariés pour supprimer la menace, cela aussi je pourrais le comprendre.

UBS et le fisc américain

A l'issue d'une intense négociation, UBS et l'IRS, le fisc américan, sont parvenus à un accord sur la fourniture par la banque d'une liste des contribuables qu'elle aurait aidé à faire de l'évasion fiscale. Rappelons que le secret bancaire est extrêmement sensible en Suisse, notamment depuis la seconde guerre mondiale et la cache d'avoir juifs des Nazis dans les établissements helvétiques. Suite à la négociation, UBS a réussi à passer le nombre de comptes de 50000 à environ 4500, ainsi qu'à éviter l'amende ? Quel intérêt pour le fisc américain ? Un commentateur sur BFM Radio indiquait ce matin que l'IRS pourrait récupérer à peu de frais une grosse somme d'argent (plusieurs millards de dollars) sur ces 4500 dossiers, qui représenteraient probablement les plus simples à traiter. Je pense que cette vue ne représente qu'une part de la stratégie. L'Etat américain a négocié avec la banque le secret sur le terme de l'accord pendant plusieurs mois. Parallèlement, il communique très fortement sur le fait qu'il est plus intéressant pour un fraudeur de se dénoncer maintenant plutôt que d'attendre d'être pris dans le cadre d'une enquête. Pour moi, le passage de 50000 à 4500 est dû au fait qu'il n'est pas besoin de faire une enquête exhaustive. En ne laissant pas savoir aux fraudeurs s'ils seront sur la liste ou pas, mais en laissant planer la menace sur leur tête, l'IRS compte sur le fait qu'une part significative d'entre eux se dénonceront. D'eux mêmes. Ou comment ne pas utiliser la force. Comme dit Sun Tzu dans "L'art de la guerre" : "Remporter cent victoires après cent batailles n’est pas le plus habile. Le plus habile consiste à vaincre sans combat"

lundi 10 août 2009

Les ports les plus actifs dans le monde

Ce billet du blog "The Big Picture" montre qu'en 2007, sur les 25 ports les plus actifs dans le monde en terme de marchandise, seulement 10 n'étaient pas asiatiques ! La Chine en compte à elle-seule neuf, plus Singapour (1ère place) et le plus grand port taïwanais Kaohsiung à la 8ème place... On ne compte que 4 ports européen (Brème, Hambourg, Antwerp et Rotterdam), et 3 américains (Los Angeles, Long Beach et New York/New Jersey). Avec de telles chiffres, il n'est pas difficile d'imaginer où se situent les usines du monde... du moins en 2007. Cet article du FT met en évidence un relativement nouveau, à savoir qu'il est de plus en plus intéressant de recourir à des plateformes de production à moyenne distance, du fait du renchérissement des coûts de transport, et de la plus grande flexibilité exigée pour répondre au marché. Difficile de prendre en compte une modification soudaine du marché si les produits mettent 6 semaines pour arriver... Du point de vue du supply chain, les transports représentent un lieu de stockage, avec un cout direct (frais de transport) et un coût indirect (perte de flexibilité, nécessité de produire en avance, difficulté de faire marche arrière, ...). Un article publié par Mc Kinsey en 2008 (qu'il faudra que je retrouve...) indiquait qu'il n'était d'ores et déjà plus rentable de faire produire les télévisions moyenne gammes à destination des US en Chine, le Mexique étant d'ores et déjà plus rentable. On assiste en fait à une "re"-régionalisation des centres de production. Et c'est une tendance lourde.

jeudi 6 août 2009

De la notion de "doctrine de réaction"

Dans le conflit Georgie/Russie, l'Union Européenne, qui avait été un acteur majeur à l'été 2008, semble perdre de l'influence face à une situation qui évolue. Une remarque m'interpelle : l'UE semble ne pas disposer de doctrine de réaction, ie une préparation de la réaction à adopter face à des événements imprévus, tels que l'enlèvement d'un observateur en Georgie, ou même une nouvelle entrée d'un belligérant sur le territoire de son adversaire. Quand un groupe de pays, qui a bien souvent du mal à s'entendre et à réagir vite et de manière coordonnée lorsque cela s'impose, se trouve impliqué dans une région explosive, on s'attendrait à ce que ce type de problématique soit pris en compte. Lorsque cela sera fait, l'UE aura fait un grand pas vers une place d'acteur politique majeur sur la scène géostratégique.

mardi 4 août 2009

De l'augmentation du prix du baril

Un article du FT cite un rapport de l'agence internationale de l'énergie qui indique qu'une augmentation durable du prix du pétrole au delà de $70 le baril pourrait mettre en péril la reprise qui semble commencer à pointer le bout de son nez. Une telle augmentation justement une modification des forces entre l'offre et la demande. Si la seconde croît, et que la première ne change pas, les prix gonflent. Et il semble que l'offre ne soit pas en mesure de suivre, car les investissements nécessaires n'ont pas été effectués durant les dernières années. Pourquoi ? Je vois plusieurs possibilités:
  • Les compagnies pétrolières manquaient de cash, du fait d'une profitabilité limitée. Du fait que le problème date d'avant la crise, et vu leur résultat même en ces temps de crise, on peut en douter.
  • Il existait pour elle des investissements plus rentable, notamment dans les activités downstream, ou des acquisitions.
  • Pour aller plus loin, la rentabilité des divers investissements en exploration est inférieure à la rentabilité exigée par les investisseurs, qui préfèrent alors se voir redistribuer les profits (cf rachat d'action, versement de dividendes, ...).
  • Les pays producteurs ont limités l'exploration sur leur territoire, justement pour prolonger la rente.
D'un point de vue plus théorique, ceci s'explique par 2 éléments:
  • Si les revenus supplémentaires générés sont inférieurs aux coûts supplémentaires totaux, alors l'investissement n'est pas intéressant. N'oublions pas que dans les coûts ici, on compte la baisse de la rentabilité des champs pétrolifères existants du fait de la baisse des cours.
  • Par ailleurs, cette belle théorie des coûts/revenus marginaux ne prend pas en compte que les compagnies doivent gérer la volatilité des cours, et donc le risque associé aux investissements. Il est toujours facile de juger les actions passées à la lumière des évolutions des cours, mais plus difficile de les prévoir.

lundi 3 août 2009

Le marché de la musique en ligne

De très nombreux challengers existent sur le marché de la musique en ligne. Citons Spotify, Deezer, Pandora, Last.FM (en plus, évidemment de iTunes, qui n'est néanmoins pas sur le marché du "streaming").Il est pour moi certain que de ces challengers émergera les quelques acteurs majeurs de la musique de demain. Spotify semble particulièrement bien se porter, d'après cet article du FT Néanmoins, les temps sont durs actuellement. Et les coûts "quasi" fixes d'infrastructure technique sont très élevés, en plus d'une part variable versées aux ayants droits sur chaque écoute. Cette part importante de coûts d'infrastructure implique qu'il faut atteindre des revenus importants pour être rentable. Ces revenus sont évidemment apportés par les utilisateurs, de manière différente selon les Business Model. Or, justement, ces sites se partagent ces utilisateurs, et la plupart d'entre eux ne sont pas rentables actuellement. Donc une alternative:
  • soit 1 ou 2 leaders émergent rapidement, les autres meurent ou se fagocytent, et il est possible à ces nouveaux modèles d'émerger.
  • soit le processus est trop long, et aucun d'entre eux ne finit par émerger, la rentabilité n'apparaissant qu'à trop long terme.
Une autre possibilité serait qu'un ou plusieurs d'entre eux soit fortement supporté par une major, lui permettant de tenir plus longtemps et de prendre la place de leader. Mais cela ne semble pas en prendre le chemin, les majors ne se mouillant qu'au minimum actuellement, laissant les valeureux créateurs tenter l'aventure... seuls