Mon expérience tend à prouver que plus un projet est stratégique pour le business d'une entreprise, et plus la gouvernance en est compliquée. C'est malheureusement commun : beaucoup de managers cherchent surtout à limiter leur propre exposition, car ils savent qu'ils seront sur la sellette en cas de problème, et rejettent les fautes au maximum sur les autres...
C'est la raison pour laquelle, au delà d'une certaine taille, un certain nombre de points élémentaires ne peuvent être négligés :
- La structure du projet doit être claire et les chantiers identifiés.
- Chaque projet/chantier doit avoir un responsable, avec une mission claire. De manière général, un suivi de bout en bout (depuis la stratégie et la conception jusqu'au suivi de la mise en oeuvre) est fortement recommandée, sinon la tentation de "repasser le bébé" est forte...
- Les processus de circulation de l'information doivent avoir été définis. Ceci nécessite par exemple que les instances de pilotages soient définies, leur fréquence établie, leurs décisions tracées, ... Je dis "les instances", car quand le projet devient important, tout remonter au niveau "macro-pilotage" est un non sens en terme d'efficacité et d'implication
- La vision globale du projet doit être diffusée : chacun doit savoir au sein du projet où pourquoi il fait ce qu'il fait, et où va le projet à moyen terme (6 mois/1 an). Cette vision doit être actualisée régulièrement en fonction des variations dans le projet.
Dans les entreprises françaises, la hiérarchie reste quelque chose de très important dans la définition des rapports entre employés. Ceci tend à limiter l'efficacité lorsqu'un chef de projet dans une structure donnée doit attribuer et suivre des tâches de ressources dans une autre structure. Le fonctionnement en "mode projet" , ou organisation matricielle, nécessite un changement dans la culture de la structure, et peut être long à prendre.
Une des manières les plus intéressantes pour encourager cette pratique et de dépasser le carcan hiérarchique est de mettre en place une structure temporaire dédiée au projet, avec un directeur de projet siégeant au comité exécutive. Ceci lui donne le poids suffisant pour être entendu par ses alter-ego et le responsable de la structure. Ça le place au maximum en dehors des querelles de clochers, où les pôles/départements se renvoient la balle. Cette "organisation virtuelle" montre à tous l'importance stratégique apportée au projet, ainsi que le poids qu'on souhaite y apporter.
La difficulté consiste souvent à trouver la bonne personne pour tenir ce rôle. Issue des départements de la direction, elle peut avoir du mal à trouver sa place face à ses ex responsables hiérarchiques. Issue de l'extérieur, il lui faudra prendre ses marques et la mesure du contexte... Une solution qui me semble intéressante est qu'au sommet de la hiérarchie soient régulièrement suivis les "forts potentiels" de la structure. Cela permettra d'identifier les candidats naturels le jour où on en aura besoin.