jeudi 17 septembre 2009

Réflexions rapides : sur les stratégies d'acquisitions

En finance, on nous apprend que les fusions et acquisitions réalisées par une entreprise côtée n'ont aucun intérêt du point de vue de l'actionnaire (le seul qui compte si l'on s'en réfère à la doctrine), car la diversification peut être réalisée directement par l'actionnaire, à travers l'achat de titres. Si l'entreprise le fait elle-même, c'est de manière moins efficace.

Au delà des considérations standards (toutes les entreprises sont sur le marché, il existe des synergies et complémentarités, les coûts de transaction sont bien trop importants, il s'agit de sécuriser le marché voire nuire à ses concurrents, ...), il m'est venu une réflexion :

A court/moyen terme, si la rentabilité attendue par les actionnaires est de 10% (Internal Rate of Return), mais que le management est suffisamment mauvais pour ne faire que 8%, acquérir une société plus rentable, ou sous-évaluée, par exemple à 15%, permet de faire remonter la rentabilité affichée.

Moralité : une stratégie d'acquisition peut être un moyen de masquer l'incompétence des équipes dirigeantes...

Compléments
  •  Au début de mon MBA, premier cours, Managerial Economics. Je demande : "pourquoi affirme t'on qu'il faut maximiser le profit ? Quel est le fondement de cet objectif premier ?" Réponse : on le verra dans le courant de l'année. Mais 1 an après, je n'ai toujours pas eu ma réponse...
  • La recherche du profit est l'objectif fondamental du capitalisme, et on a vu que cela pouvait produire le meilleur (regardons les progrès accomplis sur les 200 dernières années, comme sur les 30 dernières) comme le pire (le crise, intrisinsèque au système et inévitable). Mais à une théorie économie s'est substitué un dogme, principalement anglo-saxon : rien n'est supérieur au profit. Le glissement n'est pas que sémantique.

Economie et mathématiques

Christophe Faurie, dont je suis le blog avec attention, publiait le 6 septembre un billet intitulé Science économique : bilan. Il y parlait des rapports entre mathématiques et économie. Comme à son habitude, il force le trait (et l'assume).

Sa réflexion en a provoqué une autre chez moi.

Je pense qu'en analysant de manière attentive, on arrive à la conclusion que les mathématiques sont un outil dans le développement des sciences économiques, et uniquement cela. La peur, c'est qu'on finisse par oublier le sujet qu'on traite en se masquant derrière les équations, sans voir la matière dont on traite : l'activité économique, et son impact sur l'humain.

J'en tire un parallèle entre les mathématiques dans les sciences économiques et les modèles dans les sciences du management. La pyramide de Maslow, la notion de transactional leader, ou encore la théorie de la rationalité limitée apportent évidemment à celui qui s'intéresse au sujet. Mais rien ne vaut un retour à l'expérience et au terrain, car on peut facilement se perdre en considérations esthétiques mais complètement inutiles, voire erronées, voire dangereuses. Elles permettent de construire une schéma de compréhension du monde, d'être plus alerte dans ses interactions, de capable de discerner le pourquoi et fournir des recommandations pour agir. Mais ne constituent pas la véritié. Tout comme avec les mathématiques en économie.

vendredi 4 septembre 2009

La réforme pourrait passer de mode en France

Intervention très intéressante de Jean-Marie Colombani, ancien rédacteur en chef du Monde et actuel du site slate.fr, ce matin sur France Inter.

Il établit que durant ces dernières années le sujet d'attention principal des politiques a été la réforme. Ceci a été particulièrement vrai pour Nicolas Sarkozy depuis 2007, mais ce serait trop restrictif d'attribuer à lui seul cette préoccupation.

Néanmoins, la manière dont la France semble sortir la crise actuelle plutôt mieux que les autres pourrait remettre en question la réforme en temps que thème central du politique. Il est avéré que même si elle a touché beaucoup de monde dans l'hexagone, la crise a été moins sévère pour la France pour les d'autres économies telles que les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne. Colombani pose 2 scenarii :
  • soit la France retrouve un rythme de croissance plus lentement que ces pays, auquel cas le débat sur la "compétitivité" renaîtra et la réforme demeurera à sa place
  • soit la France sort à un rythme comparable, auquel cas cela signifiera la fin d'un point d'attraction majeure de la vie politique française.
Ceci signifierait un redécoupage des clivages et des lignes, au sens où l'écart entre réformateurs et conservateurs perdrait de son sens. Il faudrait alors donner une nouveau guide aux positionnements politiques.

Une remarque :
  • Ceci correspond à la disparition du "besoin de changement" : si tout va bien, pourquoi changer ? C'est ce que Edgard Schein appelle l'anxiété de survie : le fait que celui qui subit le changement qu'il est nécessaire d'avancer.

mercredi 2 septembre 2009

Information overload

Au détour d'une lecture, cette citation de Herbert Simon, autour de la théorie de la rationalité limitée (le gras est de moi) : 

… in an information-rich world, the wealth of information means a dearth of something else:  a scarcity of whatever it is that information consumes.  What information consumes is rather obvious:  it consumes the attention of its recipients.  Hence a wealth of information creates a poverty of attention and a need to allocate that attention efficiently among the overabundance of information sources that might consume it. ~ Herbert Simon (1916 – 2001)

C'est le nouveau mal de la société Internet. Trop d'information tue l'information...

Une remarque complémentaire : l'intelligence, c'est la capacité à créer des liens, faire des rapports entre des faits et des connaissances. A force 1/ de se reposer sur Internet pour les connaissances précises (combien de vous recherchez vous sur Internet une information pour la seconde fois, signe que vous ne l'avez pas retenue la première) 2/ de lire beaucoup sans porter attention à rien, on risque simplement de devenir moins intelligent...